De Clint Eastwood
Avec Angelina Jolie, John Malkovitch, Michael Kelly
Musique de Clint Eastwood
(2008)

Los Angeles, 1928. Un matin, Christine dit au revoir à son fils Walter et part au travail. Quand elle rentre à la maison, celui-ci a disparu. Une recherche effrénée s'ensuit et, quelques mois plus tard, un garçon de neuf ans affirmant être Walter lui est restitué. Christine le ramène chez elle mais au fond d'elle, elle sait qu'il n'est pas son fils... (allociné)

Depuis quelques années, Eastwood traite de sujets de plus en plus dramatiques, creusant toujours plus profondément les noirceurs de l'âme humaine. Et c'est encore une fois qu'il s'engage sur le chemin de la souffrance à l'état brut, sans concessions. Sa réalisation est toujours aussi directe et ne s'encombre d'aucun propos moralisant. Un seul objectif: livrer une vision la moins tronquée possible des mille et une facettes de l'homme dans toutes ses contradictions - des vices les plus insoutenables (meurtre, abus) aux vertus les plus nobles (devoir, amour, courage). Derrière la caméra, c'est désormais une habitude, le contraste entre le bien et le mal se voit transposé dans une ambiance sombre qui fait la part belle au clair-obscur et aux atmosphères sombres. Et c'est toujours avec autant de brio qu'Eastwood parvient à maintenir un équilibre ténu entre horreur et espoir.

Eastwood s'attache plus particulièrement à dépeindre un portrait de femme, thématique qui lui est chère depuis Sur la Route de Madison. Mais dans Changeling, il s'agit plus globalement d'un portrait de victimes. Victimes à la merci de la perversion de l'homme, à la merci du système ou plus radicalement à la merci du désespoir le plus angoissant. La dimension historique est là pour nous rappeler que les femmes et les enfants restaient englués dans la catégorie des faibles. Incapables de défense, de crédibilité, de dignité même. Forcés - avec ou sans résistance - à s'étendre aux pieds des maîtres du monde - adultes et forces de l'ordre. Encore une fois, Eastwood porte un regard soucieux et pessimiste sur l'enfance, période de fragilité extrême (comme dans Mystic River ou encore A Perfect World).

C'est avec satisfaction que l'on retrouve l'implication d'Angelina Jolie que l'on avait déjà pu souligner dans A Mighty Heart. Elle nous offre une performance extraordinaire où perce une intensité dans le régistre du désespoir qui noue la gorge. Elle dresse une figure de femme déterminée dans la douleur - véritable allégorie de la maternité primitive. Force est de constater que l'actrice éclipse la grande majorité de ses partenaires masculins (même le grand Malkovitch y perd de son aura habituellement si prégnante).

Un drame poignant, un sujet sensible et toujours d'actualité, un véritable hommage à la force de l'amour maternel.

changeling