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De Philippe Claudel
Avec Kristin Scott Thomas, Elsa Zylberstein
Musique de Jean Louis Aubert
(2008)

J'ai toujours beaucoup de mal à dresser la critique d'un film français. Pourquoi? Alors là, impossible à dire. Le cinéma français tire des ficelles bien à lui, touche à une émotion tellement différente que celle dégagée dans le cinéma anglais ou américain. Quand le film français en question m'a déçue, pas compliqué. La critique négative est facile, grisante voire complètement jouissive il faut bien l'avouer. Mais quand on a aimé, par contre...

A moins que ce soit un de ces films qui me bloquent littéralement. Impossible de faire la critique de Into the Wild, par exemple. Je regarde le film assez régulièrement et à chaque fois, je reste en mode "page Canalblog blanche". Bizarre, non? Ça vous arrive aussi parfois, cette incapacité de décrire l'émotion qui vous a saisi en regardant un film?

Bref, tout ça pour souligner la difficulté que j'ai eu de faire la critique de Il y a longtemps que je t'aime.

Deux sœurs, Juliette et Léa, se retrouvent après que Juliette ait passé 15 années en prison. Léa, désormais mariée et avec deux enfants, l'accueille dans sa maison à Nancy.

Le propos est dur et traité de manière brute. Dès la première scène, c'est le visage de KST qui frappe par ses traits tirés et rigides. Un visage de femme qu'on ne voit que trop rarement au cinéma - sans artifices. La nudité transcende ici l'émotion et tout le film joue sur cette approche réaliste. Ici, aucune barrière esthétique qui pourrait voiler le propos du film: la réinsertion sociale et familiale, la découverte de l'autre, l'infanticide, le pardon et l'acceptation de soi.

A première vue, Juliette est froide, distante, un automate relâchée en pleine jungle après avoir passé 15 ans en prison. On s'y attache difficilement tellement le personnage reste mystérieux. Puis c'est la révélation, le meurtre de son fils - sans explications. Le regard du spectateur change pour fixer un monstre. Plus question de s'y attacher, c'est presque viscéral comme réaction. Et pourtant, de l'autre côté de l'écran, il y a Léa, la sœur de Juliette qui la couve, tente de la mettre à l'aise et qui crève de lui dire combien elle l'aime encore, toujours.

La tension et le rythme sont menés habilement. La difficulté de l'entreprise de Juliette et l'évolution lente et fragile de ses efforts sont soulignées par les notes de piano de Jean Louis Aubert qui signe ici une bande originale particulièrement touchante. Les gestes maladroits cèdent la place au réconfort du quotidien. En même temps que Juliette commence à s'abandonner aux autres, le spectateur s'ouvre à elle également. Et puis ce sont les dix dernières minutes, la révélation puis le silence.

La sobriété et la simplicité soulèvent plusieurs sujets tabous de notre société et c'est un défi largement réussi. On retiendra la performance époustouflante de KST. A découvrir !