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Fiche technique:

Réalisateur: Clint Eastwood
Acteurs: Morgan Freeman, Matt Damon
Genre: Historique-Biopic
Musique: Kyle Eastwood & Michael Stevens
Date de sortie:  2010

D'après le livre: Playing the Enemy: Nelson Mandela and the Game that Made a Nation de John Carlin


Synopsis:

En 1994, Nelson Mandela est élu Président de la République d'Afrique du Sud et met fin au régime de l'apartheid. Dans les faits, le pays reste profondément divisé entre les Blancs et les Noirs. Mandela trouve dans l'organisation de la Coupe du Monde de Rugby une occasion unique d'unifier son pays autour du sport en donnant un élément de fierté à son peuple afin de relever les défis immenses auquel le pays est confronté.


La critique de Le Umas:

Un film en demi-teinte pour ma part. Il se laisse agréablement regardé, mais à aucun moment je n'ai été complètement pris dans le film, certainement parce que son déroulement est assez linéaire, sans grand suspense. C'est le grand défaut du film qui est prévisible de bout en bout. En même temps, il est difficile de changer l'histoire.

Un autre défaut est la représentation des matchs de rugby qui rendent très mal. Ils sont mous, centrés sur les mêlées et les pénalités alors qu'il y a moyen de les filmes autrement. De même, le haka des Néo-zélandais est plus ridicule qu'impressionnant (j'avais envie de rire, c'est dire). Enfin, le dernier match est assez long avec beaucoup de scènes au ralenti, dont une partie auraient pu être supprimées. Certes, elles rendent compte de l'impatience de la fin du match, mais il y en a trop.

Dernier défaut, un optimisme confinant parfois à la naïveté qui gênera plus ou moins selon les sensibilités.

Cependant, la performance de Morgan Freeman est exceptionnelle. Il traduit tout l'enthousiasme, l'intelligence, la gentillesse et la simplicité mais aussi la solitude d'un homme qui a été élevé, malgré lui, au stade de demi-dieu. De même, sa démarche est presque identique à l'ancien Président, celle d'un homme fier mais marqué par ses années de prison. Matt Damon, quant à lui est fidèle à lui-même, mono-expressif, plutôt timoré par moment.

Il faut aussi reconnaître qu'en dépit d'une linéarité certaine, l'histoire est très bien construite, montrant l'évolution graduelle des rapports entre Noirs et Blancs.

Invictus est donc principalement un film de fond, la réalisation servant essentiellement à souligner certains points particuliers. Une fois de plus, le sport est un outil et non un but. Ici, il est à la fois élément de rancoeur, mais aussi de passion, d'unité et finalement de fraternité. Il inspire les gens, véhicule les valeurs que Mandela souhaite voir partagées par l'ensemble des Sud-Africains, notamment le dépassement de soi et des clivages pour avancer vers un monde qu'il espère meilleur.

En cela, le sujet prend le dessus sur le scénario. La mise en scène est riche en symboles et met brillamment en évidence l'évolution de l'Afrique du Sud de pays à nation et le travail mené par Mandela pour arriver à ce résultat. Les exemples sont nombreux, citons par exemple la scène d'introduction où la séparation entre les Blancs et les Noirs est la fois physique (un route, un grillage) mais aussi culturelle (rugby vs football), économique et évidemment politique (l'accueil du passage du convoi de Mandela). En une scène, Eastwood a posé la problématique. La même chose se produit à la fin, lors du match lorsqu'il montre Johannesburg déserte, ses habitants rivé devant les télévisions pour supporter leur équipe. Ce n'est plus l'équipe des blancs, mais celle d'un pays, qui tout entier fête la victoire.

En conclusion, Invictus est un film extraordinaire sur le fond, rendant hommage à une icône du 20e siècle et à son optimisme légendaire, mais dont la forme (linéarité, scènes de sport) tempère fortement cet enthousiasme, en dépit de qualités indéniables (Freeman, symboliques, évolution). A voir au moins une fois.