livrelabougainvill_eLA BOUGAINVILLEE de Fanny Deschamps
Le Jardin du Roi (t. 1)

Résumé:

Dans la France du 18e siècle, Jeanne Beauchamps a passé son enfance auprès de sa tutrice, la baronne de Bouhey, entourée de ses amies, mais surtout auprès de son mentor, l’herboriste renommé Philibert Aubriot, dont elle s’est éprise dès ses dix ans. Mais Aubriot, de quinze ans son aîné, se marie et abandonne Jeanne à une solitude nouvelle. Au détour d’un bal, la jeune adolescente se laisse conter la mer par le corsaire Vincent, chevalier de Malte. Férue de rêves et de découvertes, entre Dombes et Paris, Jeanne grandit, vit.

Mon avis :

Une belle saga romanesque comme on n’en écrit plus. Fanny Deschamps possède une plume inimitable, tantôt tranquille, tantôt incisive. Elle possède cette capacité à transporter le lecteur instantanément dans un monde nouveau, celui du Siècle des Lumières en France.

Non comptant de nous fournir un tableau de mœurs incroyable de réalisme et de détails, l’auteur nous dresse la situation économique, politique et scientifique du dix-huitième avec une précision et un talent certains. Entre parties de chasse à la campagne, bals grivois aux quatre coins de Paris ou diners des entourages de la cour, son style ne lasse jamais. Les descriptions sont superbes, ne pèsent pas. Les dialogues pour leur part sont savoureux, piquants d’intelligence et d’humour tout en conservant un romantisme marqué. Fanny Deschamps nous berce tout au long de ce premier tome dans une langue superbe.

En toile de fond, le désir d’évasion de l’héroïne, la jeune et fraiche, Jeanne qui charme son monde comme personne. À elle les conversations avec Lavoisier et Mercier, les rires de Lalande, les secrets de la créole Pauline et les inimitiés du lubrique Richelieu. Mais ce qui sourde réellement, c’est l’envie des îles et des colonies qui nourrissent les utopies les plus folles, en pleine période de défaite maritime française face à la flotte anglaise. Constamment tiraillée entre Aubriot (un sale égoïste, entre nous) et Vincent (ZE homme parfait… franchement comme ose-t-elle hésiter ?!), Jeanne représente l’archétype même de l’héroïne romanesque qui, hors contexte, donne envie au lecteur de lui flanquer quelques claques mais qui, dans le roman, reste pardonnable et finalement sympathique.

Note: ce livre n'est nullement à confondre avec la prose historique de Juliette Benzoni qui a, certes, trouvé son public, mais qui fait franchement pâle figure à côté de Fanny Deschamps!

Et la voilà, à la fin de la première partie, face à la mer, prête à entamer le début de son rêve… vers les îles, avec Aubriot, mais vers Vincent !